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Jacques Duclos, natif de Louey

Candidat à la Présidence de la République.

Jacques Duclos, né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées) et mort le 25 avril 1975 à Montreuil, était l'un des principaux dirigeants du Parti communiste français ; il est resté plus de trente-cinq ans dans l'équipe dirigeante du parti aux côtés de Maurice Thorez et Benoît Frachon, très impliqué dans la vie du mouvement communiste international (Komintern et Kominform). En 1926, il entre à l'Assemblée nationale en battant Paul Reynaud. De 1950 à 1953, il est le secrétaire général par intérim du PCF en raison de la maladie de Maurice Thorez ; il demeure par la suite dans les faits l'un des principaux dirigeants du parti. En 1969, il réalise un bon score à l’élection présidentielle. Jacques Duclos a été responsable du Parti communiste français clandestin pendant la période de l'occupation (1940-1944) - Encyclopédie Wikipedia

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« C’est dans le petit village de Louey, situé dans les Hautes-Pyrénées, entre Tarbes et Lourdes, que je vis le jour le 2 octobre 1896. Mon père, charpentier de village, tenait une auberge et ma mère était couturière. Il y avait aussi à la maison mon frère aîné, Jean, de deux ans plus âgé que moi, et ma vieille grand-mère. Plus tard, alors que j’avais huit ans, un autre frère, Louis, vint au monde ».

Jacques Duclos enfant, avec son frère Jean.

Une bonne partie de cette page a été réalisée à l’aide des « Mémoires » de Jacques Duclos, parues en 1968.

« Tel était le cadre familial dans lequel je vécus les premières années de mon existence, dans un village sans histoires peuplé de paysans, les uns plus aisés que les autres, mais il n’y avait pas de gros propriétaires terriens. N’empêche, la fortune étant relative les paysans les plus pauvres considéraient les autres comme des riches. Et le signe de la richesse résidait dans l’importance du portail de la ferme et dans le « luxe » de la voiture à chevaux qu’on sortait les jours de marché pour aller à la ville voisine, Tarbes. Au pied d’une colline située à l’est du village, coule une rivière, l’Echez, affluent de l’Adour, sur laquelle se trouvaient trois moulins dont deux en activité. Deux auberges, un cloutier qui allait vendre ses clous aux paysans de la montagne, un maréchal-ferrant, un charron-forgeron, un charpentier (mon père) ».

La maison natale de Jacques Duclos à Louey (photos 1968 et 2013) :

« Dès que j’eus la possibilité d’observer et de comprendre, je fus intrigué par les conversations des clients de l’auberge. Conversations roulant en général sur des questions agricoles, ou concernant le bétail s’il s’agissait d’habitants du village, et plus diversifiées s’il s’agissait des gens de la ville venant le dimanche à la pêche dans la rivière du village, pour rentrer assez souvent bredouilles. Avant d’aller à l’école je ne parlais pas français. Mes parents qui connaissaient parfaitement notre langue nationale, parlaient toujours le dialecte occitan de mon village, un dialecte plein de saveur et riche de sonorités. Quant à ma grand-mère, elle ne savait ni lire ni écrire et elle ne comprenait du français q’un nombre assez réduit de mots qu’elle n’essayait jamais de prononcer. Les vieux paysans de mon village étaient d’agréables conteurs et notre dialecte prenait sur leurs lèvres une saveur extrême. Les histoires qu’ils racontaient étaient toujours arrangées de telle manière qu’elles donnaient l’impression de s’être passées, si ce n’était dans le village même, du moins aux environs ».


«  Ce coin de terre où je n’ai plus qu’un caveau de famille où reposent des êtres qui m’étaient chers, des amis d’enfance qui se font de plus en plus rares, et ma maison natale, me donne chaque fois que je m’y rend l’inexprimable coup au coeur qui donne l’impression de rappeler ce qui unit l’homme à la terre d’où il est sorti ».


« Mes parents n’étaient pas riches, aussi fallait-il regarder à la dépense. La nourriture était simple mais ma mère était bonne cuisinière. Lorsqu’un voisin « faisait au four », c’est-à-dire cuisait son pain pour une quinzaine de jours, elle profitait de l’occasion pour porter au four, à cuire dans un pot de terre, des haricots avec des oignons et une couenne de lard qui constituaient un véritable régal, ou bien des pommes vertes tombées de l’arbre qui, avec un peu de sucre devenaient délicieuses. Et le pain de 6 kilos que l’on achetait était trop bon le premier jour parce qu’on en mangeait trop, mais quand il commençait à durcir il durait davantage, « abondait » comme disait ma mère en patois. Le quatre-heures consistait en un quignon de pain frotté à l’ail et saupoudré de gros sel. Nous avions quelques poules, on tuait le cochon et deux fois par an seulement, il y avait de la viande de boucherie sur notre table, à l’occasion de la fête locale de Saint-Saturnin, et à l’occasion de la Noël, le boeuf en daube mangé avec de la pâte de maïs, étant le plat traditionnel du réveillon ».

Dans cette page consacrée à une personnalité locale qui a marqué son époque, nous nous intéressons au parcours étonnant d’un homme né dans un petit village du Marquisat et qui connut un destin hors du commun.

Jacques Duclos, ouvrier-pâtissier à Bagnères-de-Bigorre en 1911.

Après avoir été apprenti à Tarbes, Jacques Duclos découvre Bagnères-de-Bigorre :  « Je trouvai du travail à Bagnères-de-Bigorre, à la pâtisserie Billère qui était fort réputée et où le travail ne manquait pas. Les journées étaient longues mais je trouvais le moyen de lire et le patron de la pâtisserie m’ayant permis de prendre des livres dans sa bibliothèque, je fis connaissance avec Voltaire dont le Candide me fit beaucoup réfléchir. On en faisait des tartelettes à la pâtisserie Billère, qui étalait son opulente façade à l’entrée de l’Allée des Coustous qu’ombrageaient de très vieux platanes et qui maintenant est transformée en parking ». A 16 ans, il monte travailler à Paris.

Elections législatives de 1932.

Après la guerre, il adhère à la CGT puis au PCF après le congrès de Tours. Dès 1925, il est membre du comité central puis est élu député de Paris en 1926.


Il était un excellent orateur, doté d’une culture exceptionnelle qu’il s’était forgé en autodidacte, en lisant énormément. Sa petite silhouette (il mesurait 1m49), sa voix rocailleuse et son accent deviennent familiers aux électeurs.

Après 1958, il devient Sénateur.

La place occupée par Jacques Duclos au Sénat.

Jacques Duclos à gauche, en compagnie de Maurice Thorez et Marcel Cachin.

En meeting à Tarbes, en février 1967.

Voir un discours de Jacques Duclos en 1969.

Jacques Duclos le 3 septembre 1970 lors d’une réception donnée en l’honneur du 25ème anniversaire de la République Démocratique du Vietnam.

Voici une photo prise le 19 juin 1948 à Budapest en Hongrie. Jacques Duclos prend la parole devant le portrait de Lénine.

Jacques Duclos, au front devant Reims en 1917.

Comme tous les jeunes hommes de son âge, Jacques Duclos est appelé sous les drapeaux lors du premier conflit mondial. Mobilisé au 18e d’infanterie de Pau, il suit ses classes au camp de Ger, puis découvre les horreurs de la guerre. Blessé, gazé, prisonnier (Verdun, Chemin des Dames), il aura aussi des contacts avec des prisonniers russes dont certains ont des idées révolutionnaires.

La Grande Guerre

Suite à la démission du Général de Gaulle en 1969, Jacques Duclos est candidat à la Présidence de la République. Il est soutenu, entre autres, par Louis Aragon et Jean Ferrat.

Jacques Duclos est presque un inconnu aux yeux des Français. Mais grâce à son talent d’orateur, il grimpe vite dans les sondages au point d’arriver à la troisième place du premier Tour des élections présidentielles, avec un excellent score (21,27 %). Sa phrase prononcée entre les deux tours : Poher et Pompidou sont « bonnet blanc et blanc bonnet » et doivent donc être renvoyés dos à dos par un vote blanc ou une abstention sonnent le glas des derniers espoirs de Poher. Oui, c’est Jacques Duclos qui a popularisé cette expression de « bonnet blanc et blanc bonnet ».

Elections Présidentielles de 1969 :

Sa mort.

Au mois d'avril 1975, après une hospitalisation en janvier, Jacques Duclos se rend à Louey où la télévision doit commencer le tournage d'un film sur sa vie. Mais se sentant mal, il est hospitalisé à nouveau à Paris pour une congestion pulmonaire et décède à son domicile le 25 avril 1975. Ses obsèques se sont déroulées au cimetière du Père-Lachaise à Paris devant une foule considérable (200 000 personnes). C’est le secrétaire général du PCF, Georges Marchais, qui prononce un des discours sur la photo de gauche.

Que reste-il du souvenir de Jacques Duclos ?

Louey, la commune de naissance de Jacques Duclos, a voulu lui rendre hommage. Le stade de rugby du Marquisat porte son nom.


On trouve dans plusieurs communes de France des places, des bâtiments ou des jardins publics « Jacques Duclos » comme à Drancy, Roncq, Sallaumines, Givors, Blanc Mesnil ou encore Solesmes.

Un timbre à son effigie a été émis en 1975 en URSS.

Ce qui reste également de Jacques Duclos, ce sont ses nombreux écrits. Nous vous conseillons la lecture du Tome 1 de ses mémoires où on apprend beaucoup de choses sur la vie de Louey au début du XXème siècle.

Notez enfin qu’une association « Les amis de Jacques Duclos » a beaucoup agi pour la mémoire de ce dernier et que la maison natale, un temps abandonné, est devenue en 2013 « Les cèdres bleus » et a été mise à disposition de l'association Loisirs et Découvertes qui offre aux aînés l'occasion de partager des après-midi conviviaux, de faire des voyages ; bref, d'être ensemble.

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François Mitterrand, Guy Mollet et Jacques Duclos.

Il rencontre le Général de Gaulle le 8 décembre 1966 à l’Ambassade de l’URSS à Paris, lors de la visite de Kossyguine. Jacques Duclos appréciait beaucoup le Général de Gaulle.

Galerie de photos

1921 : Jacques Duclos est élu au Comité Central du P.C. A gauche, Maurice Thorez.

1936 : Le Front Populaire. Duclos défile avec Daladier (au centre). Ce dernier, devenu chef du gouvernement, interdira le Parti Communiste en 1939.

Sous l’Occupation, Jacques Duclos est recherché et doit changer de visage pour échapper à la Gestapo. Sa silhouette familière le rend vulnérable mais sa prudence et sa ruse le sauveront.

1952 : Jacques Duclos est arrêté et il passera un mois en prison. On a découvert des pigeons tués lors d’une partie de chasse dans sa voiture. On l’a accusé d’espionnage pour Moscou avec des pigeons « voyageurs »! C’était un emprisonnement politique dans le contexte de la guerre de Corée.

Il reçoit la visite de sa femme (au centre) à la prison de la Santé.

Le voici à sa sortie de prison.le Juge lui a rendu sa serviette mais a confisqué le carnet d’adresses….

Elections Présidentielles de 1969.

Avec sa femme, après le 1er tour des présidentielles de 1969.

Jacques Duclos brave en riant ses adversaires politiques : Michel Poniatowski, Jean-Pierre Fourcade et Jean Lecanuet.

Il avait en commun avec le Général de Gaulle le goût de la bonne cuisine et notamment les plats en sauce.

Ses loisirs étaient la lecture et les longues parties d’échecs où sa femme était un adversaire redoutable.

Une des dernières photos publiques de Jacques Duclos en 1975, Sénateur, reçu à Matignon par le premier ministre de l’époque Jacques Chirac, accompagné de son épouse Bernadette.

21 janvier 1947 : élections pour la présidence de l’Assemblée. Seul M. Herriot est candidat à la présidence de l’Assemblée Nationale présidée par Jacques Duclos.

Deux photos prises lors de la visite à Tarbes de Jacques Duclos.

25 octobre 1974 : Le 21ème congrès du PCF s’est ouvert au Palais des Sports de Vitry. Messieurs Marchais et Duclos échangent une poignée de main. Les délégués doivent se succéder à la tribune pour s’exprimer sur le rapport rédigé par Georges Marchais.

Hommage à Jacques Duclos - LUNDI, 14 OCTOBRE, 1996 dans le journal L'HUMANITÉ.

Louey - Plus de cinq cents personnes réunies samedi dans le petit village pyrénéen où naquit voilà cent ans le dirigeant communiste.


LE souvenir et l'émotion, mais aussi la gaieté et l'enthousiasme sont au rendez-vous. Cela se passe samedi à Louey, près de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Le petit village resplendit sous un superbe soleil d'automne éclairant les sommets pyrénéens déjà couronnés de neige qui le surplombe. «Ici est né Jacques Duclos le 2 octobre 1896», indique une plaque apposée sur une maison située au coeur du village, derrière laquelle se profile la haute silhouette du pic du Midi de Bigorre. Là, le maire de la commune, Roger Baget, et Henri Rivière, président de l'association Les Amis de Jacques Duclos, accueillent plus de cinq cents personnes venues rendre hommage au dirigeant communiste dans les lieux qui l'ont vu naître. Le premier magistrat de la commune évoque l'accent rocailleux de Jacques Duclos, autant amoureux de «la belle langue française» que de «l'occitan de son enfance». Puis retentit le verbe haut de Léo Figuères, lui aussi enfant des Pyrénées, à leur extrémité méditerranéenne et catalane. L'ancien maire de Malakoff retrace les premières années militantes de Jacques Duclos et l'itinéraire qui a conduit le jeune ouvrier pâtissier, «monté à Paris» pour y gagner sa vie, à adhérer au PCF, le 30 décembre 1920, alors même que s'achevait le Congrès de Tours. La terrible expérience de la guerre et de la captivité, «l'écho de la révolution russe d'octobre 17», éclairant «un parcours typique de celui de tant de jeunes gens de cette époque». «Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves»... André Vieuguet, un des plus proches collaborateurs de Jacques Duclos, lui aussi ancien dirigeant national du PCF, vient à peine de commencer à citer cette phrase de l'appel à la résistance du 10 juillet 1940, rédigé par Jacques Duclos au nom de son parti, que plusieurs dizaines de voix, dont beaucoup éraillées par l'émotion, complètent en choeur la citation... Le moment était venu d'évoquer le rôle grandissant joué par Jacques Duclos à la direction du PCF, au moment du Front populaire et dans les années qui le précédèrent, puis pendant la Résistance et après la Libération. Germaine Willard s'attelle à la tâche. Elle souligne «l'importance de l'histoire dans la formation du citoyen et du militant», ainsi que la nécessité de «saisir l'évolution historique dans toute sa diversité» et de «ne pas trier les événements». A ses yeux, «le goût qu'avait Jacques Duclos pour l'histoire et tout particulièrement pour la Révolution française et la Commune de Paris a donné une marque particulière à son action politique». Elle voit dans Jacques Duclos «un de ces militants qui font partie de notre héritage national». Le sénateur radical des Hautes-Pyrénées François Abadie avait tenu à être présent, malgré des ennuis de santé, pour évoquer quelques souvenirs: une soirée à Paris avec Jacques Duclos, où celui-ci lui avait montré un de ses livres préférés, un ouvrage de l'historien Renan à la couverture brûlée par une bougie alors qu'il le lisait, la nuit, dans sa chambre de jeune ouvrier; un repas homérique à l'occasion d'une fête au bois du Commandeur, près de Tarbes… D'autres intervenants se succèdent au micro... Notamment Auguste Gillot, qui représentait le PCF au Conseil national de la Résistance. Il dit combien l'exemple de Jacques Duclos l'avait amené à «penser qu'un communiste aux prises avec des difficultés ne doit jamais se résigner». Puis Raymond Erraçarret, le maire communiste de Tarbes, raconte avec humour un épisode de la mémorable campagne présidentielle de 1969 au cours duquel un court séjour à Louey, entre deux meetings, avait guéri quasi miraculeusement la tenace extinction de voix dont Jacques Duclos était frappé… Avant le banquet et le récital de Francesca Solleville qui devait conclure la manifestation, Pierre Blotin, membre du Bureau national du PCF, prend la parole. «Une qualité particulièrement frappante de Jacques Duclos, c'était d'être, comme on ne le disait pas encore de son temps, un formidable communicateur; animé par la volonté de mener une activité de protestation mais aussi de proposition, pour construire autre chose», déclarait-il notamment. On notait également la présence de René Andrieu, Josette Durieu, Raymond Dallidet, Daniel Renard, Maurice Nilès, Joseph Sanguedolce, François Fortassin, Sylviane Ainardi, Claude Gaits, Jean-Luc Souque, Michel Barrouquère, Roger Vizet, Camille Valin, Jean Garcia, Philippe Barrière, Jean Portejoie, Charles Marziani, Gérard Lacaze, Sylvano Marian, Maurice Salles, Josée Souque, Hugues Bauchy, Claude Willard, Louis Baillot... et de nombreuses autres personnalités.

ALBERT EXPOSITO